Depuis la nationalisation de la Somaïr en juin 2025 et la rupture definitive avec Orano, le Niger a engagé une redéfinition de sa stratégie minière. Cette décision s’inscrit dans un contexte où la demande mondiale d’uranium augmente, portée par la relance du nucléaire civil pour satisfaire la demande mondiale toujours plus grande et booster par les pays émergents.

Une souveraineté économique revendiquée
Selon les autorités nigériennes, la mise sur le marché international des stocks d’uranium constitue une manière de « garantir la pleine valorisation de la ressource nationale » (Communiqué du Gouvernement, 2025). Elle marque un tournant historique : pour la première fois, Niamey affirme vouloir contrôler non seulement l’extraction, mais aussi la destination, le prix et les partenariats. Ce qui constitue sans nul doute un grand pas vers plus de souveraineté.
Des acheteurs potentiels dans un marché en expansion
La stratégie nigérienne s’appuie sur un contexte favorable. Les pays suivants peuvent être considérés comme des acheteurs potentiels crédibles :
- Chine : plus de 30 réacteurs en construction ; avec une demande croissante et un leadership technologique mondial.
- Inde : expansion rapide du parc nucléaire civil.
- Russie (Rosatom) : recherche d’approvisionnements sécurisés. En plus la Russie est déjà un partenaire stratégique du Niger.
- Pays du Golfe (EAU, Arabie saoudite) : programmes nucléaires en développement.
- Turquie : montée progressive dans le nucléaire.

Les futurs investisseurs possibles
L’éviction d’Orano par le Niger ouvre la voie à de nouveaux investisseurs :
- Rosatom (Russie), capable de financer infrastructures et sécurité. Par ailleurs il semble est destiné a prendre le relai compte tenu de la proximité stratégique entre la Russie et le Niger.
- CNNC / CGN (Chine), spécialistes des partenariats miniers en Afrique.
- Groupes turcs, intéressés par l’intégration énergétique régionale. Il faut noter que les Turcs ont déjà pu obtenir un permis d’exploration de certains gisements d’uranium au Niger.
- Kazatomprom (Kazakhstan), leader mondial de la production. Bien que très peu probable.
- Investisseurs du Golfe, via fonds souverains.
Ces acteurs associent souvent extraction, infrastructures, énergie et contrats d’achat à long terme. Une offre plus intégrée et intéressante que celle historiquement imposée à Niamey.
Un cadre juridique contesté mais secondaire
Orano invoque des procédures d’arbitrage international (ICSID, 2025), mais l’impact reste limité. Dans un marché tendu et multipolaire, la souveraineté sur la ressource prime, surtout lorsqu’elle est soutenue par des alternatives commerciales crédibles.
Conclusion
Le Niger cherche à tirer un meilleur parti de son uranium dans un monde où la demande est forte et diversifiée. Cette réorientation marque un tournant pour le Sahel, qui devient un espace stratégique où les ressources naturelles ne sont plus gérées dans un cadre bilatéral, mais dans une logique globale et concurrentielle.
Auteur: Dr. Abdoulkader SIDI O. GANDOU, Economiste-Analyste