L’Enjeu géoéconomique et géopolitique de la tentative de coup d’État au Bénin (Décembre 2025)

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Cotonou, Benin, December 7, 2025. REUTERS/Charles Placide Tossou

Entre le 7 et le 8 décembre 2025, une tentative de coup d’État a eu lieu au Bénin. Les putschistes ont brièvement annoncé la dissolution des institutions sur la chaîne nationale, avant que l’intervention conjointe de la France et du Nigéria ne permette le rétablissement de l’ordre constitutionnel. Patrice Talon demeure ainsi à la tête du pays. Cependant, la portée de cet événement dépasse largement les frontières béninoises. Pour en saisir les enjeux, il faut l’inscrire dans le contexte international actuel : celui de la transition vers un ordre multipolaire. Comme l’a déclaré Marco Rubio, Secrétaire d’État des États-Unis sous l’administration Trump :

« Ce n’est pas normal pour le monde d’avoir simplement une seule puissance unipolaire. C’était une anomalie… On revient désormais à un monde multipolaire, avec plusieurs grandes puissances dans différentes régions — comme la Chine, et dans une certaine mesure la Russie. »

Cette affirmation résume l’évolution des rapports de force : l’ascension de la Chine, le retour de la Russie et l’émergence des BRICS+ offrent désormais aux États du Sud un espace stratégique alternatif aux cadres occidentaux traditionnels (OTAN, G7, FMI, Banque mondiale). Bien que le bloc sino-russe soit hétérogène, son avantage réside dans sa doctrine de non-ingérence. Là où l’Occident conditionne son soutien à des normes politiques ou institutionnelles, Pékin et Moscou proposent des partenariats dépourvus de prescriptions idéologiques. Ce positionnement attire un nombre croissant d’États du Sud global.

L’Afrique de l’Ouest, champ de bataille entre deux visions du monde

La région est aujourd’hui divisée en deux blocs :

  1. La CEDEAO, perçue comme alignée sur les positions occidentales ;
  2. L’AES (Alliance des États du Sahel), Niger, Mali, Burkina Faso, davantage intégrée dans l’orbite révolutionnaire-multipolaire dominée par la Russie et la Chine.

Cette fracture n’est pas seulement politique: elle est géoéconomique. Les pays de l’AES, enclavés, dépendent des États côtiers de la CEDEAO pour accéder à la mer.

Ainsi, l’affaiblissement de la CEDEAO ou le basculement d’un pays côtier comme le Bénin dans le camp AES/BRICS+ serait un bouleversement majeur :

  • ouverture d’un accès maritime stratégique pour l’AES ;
  • consolidation de l’influence russe en Afrique de l’Ouest ;
  • affaiblissement du corridor Lagos-Abidjan, soutenu par les institutions occidentales ;
  • modification des routes commerciales, énergétiques et sécuritaires régionales.

Le Bénin représente donc un point d’équilibre géoéconomique crucial.

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Les intérêts des grandes puissances

Les intérêts des grandes puissances

Russie

Moscou soutient activement les États sahéliens : formation militaire, fourniture d’armements, coopération sécuritaire. Un Bénin basculant dans le camp AES aurait constitué une victoire stratégique, permettant à la Russie d’obtenir enfin un partenaire côtier en Afrique de l’Ouest, facilitant la logistique, la projection militaire et les activités économiques.

Chine

Pékin vise avant tout la stabilité des investissements (ports, zones économiques, corridors logistiques). En cas de sanctions contre un Bénin putschiste, la Chine aurait probablement joué un rôle central pour offrir un soutien financier, comme observé dans d’autres contextes.

France

Après les reculs militaires et politiques au Mali, en Centrafrique, au Burkina Faso et au Niger, Paris ne pouvait pas se permettre une nouvelle perte stratégique. Un basculement du Bénin, État côtier, voisin du Nigéria, aurait représenté un tournant dans le recul du dispositif français en Afrique de l’Ouest.

États-Unis

Pour Washington, l’enjeu réside dans la lutte contre l’expansion sino-russe. Le Golfe de Guinée, le Nigéria et le corridor Lagos–Abidjan sont considérés comme des axes économiques et sécuritaires prioritaires. La perte du Bénin au profit du bloc AES aurait affaibli ce corridor soutenu par la Banque mondiale.

CEDEAO

L’organisation ne peut pas se permettre un nouvel affaiblissement. Un Bénin aligné sur l’AES couperait géographiquement le Nigéria du reste de la CEDEAO et donnerait à l’AES un accès à la mer, un bouleversement géoéconomique majeur.

benin

Conclusion : un événement local aux implications globales

La tentative de coup d’État au Bénin n’était pas un simple épisode interne. Elle s’inscrit dans la confrontation entre :

  • le bloc occidental, cherchant à préserver ses sphères d’influence ;
  • le bloc multipolaire émergent, reposant sur la souveraineté et la non-ingérence.

Le Bénin s’est retrouvé — malgré lui — au cœur d’une bataille systémique entre deux visions du monde. La transition vers un ordre multipolaire ne se joue pas seulement dans les grandes capitales, mais aussi à travers des événements locaux, comme ce coup d’État avorté.

Ce qui s’est passé au Bénin porte donc des enjeux géopolitiques, géoéconomiques et stratégiques majeurs, dépassant largement la région ouest-africaine.

Auteur: Dr. Abdoulkader SIDI O. GANDOU, Economiste-Analyste

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