OP-ED no.1: Indépendance énergétique : s’inspirer et faire mieux que le modèle français

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L’importance de l’indépendance énergétique pour un pays

L’indépendance énergétique est un facteur central de souveraineté économique et géopolitique. Elle conditionne la capacité d’un État à assurer sa croissance et développement économique, dans un cadre stable et sécurisé, sans être trop exposé aux chocs extérieurs, aux sanctions ou aux ruptures d’approvisionnement. C’est pourquoi c’est encore plus fondamental pour les pays sahéliens.

Les classements internationaux des pays les plus indépendants énergétiquement montrent une réalité contre-intuitive. En effet, les pays les mieux classés ne sont pas nécessairement ceux qui disposent des plus grandes ressources naturelles, mais ceux qui ont fait des choix stratégiques cohérents et déterminants sur le long terme.

Les facteurs clés de l’indépendance énergétique

Les pays classés dans le Top 10 mondial (voir le graphe plus haut) reposent sur quatre piliers fondamentaux :

  1. Une production domestique élevée, principalement via l’hydroélectricité, la géothermie, le nucléaire ou un mix renouvelable robuste.
  2. Une faible dépendance aux importations fossiles, notamment pour la production d’électricité.
  3. La maîtrise technologique et industrielle de leurs systèmes énergétiques.
  4. Une vision stratégique de long terme, indépendante des cycles politiques.

Ces éléments démontrent que l’indépendance énergétique est avant tout une stratégie politique et industrielle, bien plus qu’une simple dotation géologique.

Le cas français : une indépendance énergétique atypique

La France constitue un cas singulier. Elle ne possède ni pétrole, ni gaz, ni charbon en quantité significative, et importe la totalité de son uranium. Pourtant, elle figure parmi les pays les plus indépendants énergétiquement au monde.

Cette position repose sur un choix stratégique majeur : le nucléaire civil comme pilier du système énergétique. Contrairement au pétrole et au gaz, l’uranium présente trois avantages décisifs :

  • il est stockable sur plusieurs années,
  • il représente une part très faible du coût final de l’électricité,
  • son transport ne dépend pas d’infrastructures vulnérables.

Surtout, la France maîtrise l’ensemble de la chaîne nucléaire : exploration, extraction, conversion, enrichissement, fabrication du combustible, ingénierie, retraitement. Cette maîtrise industrielle transforme une importation de matière première en souveraineté énergétique réelle.

L’uranium nigérien : un maillon stratégique sous-estimé

Pendant des décennies, le Niger a été un fournisseur stratégique d’uranium pour la France. Pourtant, les retombées économiques pour le pays sont restées insignifiantes, au regard de l’importance de cette ressource pour la souveraineté énergétique française. Cela est parce que la France via son entreprise étatique ORANO (ex-AREVA) possède un monopole d’exploitation amont de la ressource uranifère du Niger. L’Etat du Niger, bien qu’actionnaire, n’a en réalité aucune capacité de contrôle sur l’exploitation et la vente du minerai.

L’enjeu n’a jamais été uniquement l’uranium brut, mais la sécurisation de toute la chaîne d’approvisionnement. Cela explique l’importance géopolitique du Niger pour Paris, et la fermeté française face à toute rupture de cette chaîne stratégique.

Leçons pour le Niger et les pays africains

S’il y a une leçon à tirer de l’expérience des pays du Top 10 c’est celle-ci: l’indépendance énergétique ne se copie pas, elle se construit selon les potentiels et stratégies nationaux.

Pour le Niger, cela implique de dépasser le simple rôle d’exportateur de ressources brutes et de viser une montée en gamme progressive dans le secteur uranifère. Pour l’Afrique, cela suppose des stratégies différenciées : solaire pour le Sahel, hydroélectricité pour les bassins fluviaux, géothermie pour les zones volcaniques, gaz domestique pour les pays côtiers.

La souveraineté énergétique africaine passera par la maîtrise des chaînes de valeur, et non par la simple possession des ressources.

Auteur: Dr. Abdoulkader SIDI O. GANDOU, Economiste-Analyste

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