L’Histoire Économique Internationale des États-Unis

De Bretton Woods à l’Hégémonie Financière et Technologique
usa financial and technological hegemony

En 1944, alors que la Seconde Guerre mondiale touche à sa fin, les États-Unis prennent une longueur d’avance sur le monde. Tandis que les Soviétiques progressent à l’Est et que les Alliés libèrent l’Ouest, Washington sait déjà qu’il sortira du conflit comme unique puissance économique intacte. L’Europe est ruinée, le Japon écrasé, la Chine encore agricole, et l’Union soviétique épuisée par l’effort de guerre. Les États-Unis, eux, disposent d’une industrie préservée, de ressources abondantes et du plus grand stock d’or au monde.

C’est dans ce contexte qu’ils convoquent la conférence de Bretton Woods (juillet 1944), destinée à bâtir un ordre économique mondial à leur mesure. De cette réunion naissent le Fonds monétaire international (FMI) et la Banque mondiale (alors Banque internationale pour la reconstruction et le développement), mais surtout un nouveau système monétaire international : le dollar américain, adossé à l’or, devient la référence des échanges mondiaux, les autres monnaies lui étant arrimées. Ce dispositif consacre l’Amérique comme le cœur économique du monde libre (Kindleberger, 1973).

Avant la Première Guerre mondiale, les États-Unis n’étaient qu’une puissance régionale, attachée à la doctrine Monroe qui limitait leur influence au continent américain. Mais deux guerres mondiales détruisirent l’Europe industrielle et firent émerger une puissance américaine désormais capable de financer la reconstruction du Vieux Continent. Ce basculement marque le début d’une domination économique durable.

Cependant, le système de Bretton Woods finit par s’essouffler. Dans les années 1960, les dépenses de la guerre du Viêt Nam et les programmes sociaux de la Great Society creusent les déficits américains. Les pays étrangers accumulent des dollars et réclament de plus en plus d’or, mettant en péril la convertibilité promise. En 1971, le président Richard Nixon met fin unilatéralement à la convertibilité du dollar en or : c’est le Nixon Shock. Le système s’effondre, et le monde entre dans l’ère des changes flexibles (Eichengreen, 1996).

Pour préserver la suprématie de leur monnaie, les États-Unis concluent un accord stratégique avec l’Arabie saoudite : le pétrole sera vendu exclusivement en dollars. Ce système du petrodollar garantit une demande mondiale continue pour la devise américaine (Hudson, 2003). Dès lors, le dollar n’est plus fort parce qu’il est adossé à l’or, mais parce que tout le monde en a besoin.

Les années 1980 marquent un tournant idéologique et économique. Sous Reagan, le néoconservatisme et le néolibéralisme triomphent : dérégulation, libéralisation des capitaux et recul du rôle de l’État (Harvey, 2005). L’économie se financiarise : les profits viennent désormais de la spéculation et des marchés plutôt que de la production. Les grandes entreprises déplacent leurs usines vers l’Asie, provoquant la désindustrialisation du pays, tandis que la Chine, profitant de la mondialisation, devient l’atelier du monde (Arrighi, 2010).

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La rupture du lien entre le dollar et l’or a également permis une création monétaire illimitée. Les marchés financiers, alimentés par la dette et la liquidité, ont engendré une explosion du capitalisme spéculatif. Les capitaux circulent librement, les fortunes s’accumulent dans les mains d’une minorité, et les inégalités se creusent. La classe moyenne, autrefois colonne vertébrale du rêve américain, s’endette pour survivre tandis qu’une élite financière et technologique s’enrichit à un rythme vertigineux (Piketty, 2013 ; Stiglitz, 2012).

Parallèlement, le complexe militaro-industriel, dénoncé dès les années 1950 par Eisenhower, reste un pilier central du pouvoir américain. Il soutient une économie tournée vers l’innovation militaire et la projection de puissance, garantissant aux États-Unis une influence stratégique mondiale (Johnson, 2004). Aujourd’hui, cette évolution séculaire se traduit par une économie américaine caractérisée par :

     

      1. La domination du dollar, première monnaie de réserve et d’échange au monde.

      1. Une financiarisation extrême, où les marchés dictent la politique économique.

      1. Une puissance technologique reposant sur les géants du numérique.

      1. Une désindustrialisation relative, compensée par la force des services, de la recherche et des exportations technologiques.

      1. Un complexe militaro-industriel omniprésent, moteur de la projection mondiale américaine.

      1. Des inégalités sociales profondes, conséquence directe de la concentration des richesses financières.

      1. Une dépendance structurelle à la dette, à tous les niveaux de la société.

      1. Un leadership scientifique et culturel, qui continue d’imposer les normes du capitalisme global.

    En somme, l’économie américaine a évolué d’un capitalisme industriel adossé à l’or vers un capitalisme financier et numérique, fondé sur la confiance dans le dollar, la puissance de ses institutions et la domination technologique. Ce parcours explique pourquoi, malgré la montée d’autres pôles comme la Chine ou l’Union européenne, les États-Unis demeurent aujourd’hui au cœur de l’économie mondiale — non plus grâce à leurs usines, mais grâce à leurs banques, leurs algorithmes et leurs armes.

    Auteur: Dr. Abdoulkader SIDI O. GANDOU, Economiste-Analyste

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